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Référence bibliographique appartenant à la bibliothèque de Bouvard et Pécuchet

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IntituléAcadémie de Rouen
Stade typologique / OriginePage préparée pour le second volume
Périmètre Genèse du second volume de Bouvard et Pécuchet

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Transcription

Style ACADÉMIE DE ROUEN Les académies de province, a dit Voltaire,
avec tant esprit, sont comme les filles
sages qui ne font pas parler d’elles. — C’est
peut-être le cas de l’académie de Rouen, car
nous ne sachons pas que, jusqu’à présent, les
échos de ses séances solennelles aient souvent
franchi les grands arbres du jardin de Saint-
Ouen ; — À vrai dire les membres de cette
Compagnie ne sont pas cependant de ces
Guindés, guedés, bridés, respectables savants,
dont parle Alfred de Musset ; ce sont de beaux
esprits qui courtisent les Muses pendant les
loisirs que leur fait la médecine et la magis-
trature, Thémis et Hippocrate. — On y chante,
dans un style modéré, les plaisirs des champs,
on y raille agréablement les tendances de la
mode, on y célèbre, sur des pipeaux rustiques,
les jardins locaux.
C’est dans cette enceinte qu’en parlant du
Jardin Solférino on a idsi dépeint ses char-
mes enchanteurs dans un style qui ferait sou-
rire le bon abbé Delille :
La vapeur obligeante à défaut de naïade,
De son bassin rocheux fait jaillir la cascade.
Du reste, l’académicien rouennais est
comme le sage, il se contente de peu, tout au
plus avouerait-il avec la prudhommie d’un
de ses membres :
On a beau s’en défendre, on est toujours flatté,
De se voir le premier dans sa localité !
compléter Decorde
& mettre dans les Académies
II est vrai qu’entre temps, comme toute
bonne académie doit le faire, entre un rap-
port scientifico-littéraire sur le Calorifuge
plastique
, et une communication d’un vénéra-
ble ecclésiastique sur les pierres tombales,
on se permet la fantaisie de blâmer verte-
ment les opinions transormistes et de dire son
fait Ă  Darvin, Ă  Raspaille et Ă  Renau, qui
n’en souffrent guères plus, on va même jus-
qu’à traiter leurs théories d’aberration et pour
un peu, on leur enverrait un des médecins
aliénistes qui émaillent l’Académie.
Nous ne voudrions pas, comme l’a avancé
légèrement, le malin auteur des Lettres per-
sannes
dire que les académiciens n’ont d’au-
tres fonctions « que de jaser sans cesse, »
mais nous serions bien près de croire en sor-
tant de la séance d’hier soir, que « l’éloge va
se placer comme de lui-mĂŞme dans leur babil
éternel, et que la fureur du panégyrique
semble toujours les avoir saisis. »
Les paroles du piquant Ă©crivain, nous de-
vous nous hâter de le dire, n’atteignent ce-
pendant en rien, M. Jubé qui se présentait
hier aux suffrages de l’Académie.
L’ancien inspecteur de l’Université a en
effet prononcé un discours très-étudié et très-
savant, sur le rôle et l’importance des mathé-
matiques ; il en a retracé l’histoire depuis les
Égyptiens jusqu’à La Place en passant par
Platon, Archimède et Pascal. — M. Henri
Frère, que ses fonctions de président char-
geaient de répondre au candidat, s’est tout
d’abord récusé de ne pouvoir traiter un sujet
aussi scientifique et a prouvé le contraire en
s’étendant non sans quelqu’afféterie de mau-
vais goût sur la Plurvalité des mondes de Fon
tenelle. — C’est là caprice d’académicien et
M. Felix qui Ă©tait en veine de citations aurait
pu appliquer à son collègue le vers connus :
Ne forçons point notre talent.
L’honorable conseiller à la cour dans un
rapport très spirituel et souvent applaudi sur
le prix Bouctot (concours pour un conte en
vers), a tout d’abord annoncé qu’aucun con-
current n’avait mérité d’être couronné cette
année, aussi bien à cause de la forme du
poème souvent défectueuse que de la banalité
du sujet traité.
Le prix Dumanoir est échu cette année à
Marie Dry de Dieppe, une brave fille qui a
soigné ses parents infirmes jusqu’à la mort et
a ensuite dirigé un ouvroir avec le plus grand
zèle et la plus grande sollicitude,
M. Danzas charge du rapport a fait ressor-
tir ces hautes qualités avec une grande cha-
leur, comunicative et une habileté remarqua-
ble.
La veuve Delahaye, des Petites-Dalles, dont
le mari s’est noyé en sauvant un baigneur, a
reçu, au milieu des applaudissements, une
somme de 500 fr., attribuée par le prix de la
Reinty
au marins du Pays-de-Caux.
Le second prix est Ă©chu Ă  la veuve Des-
hayes, d’Étretat, dont le mari a succombé
dans un nauffrage.
Deux prix de 250 fr. aux veuves Langes et
Grard.
On remarquait sur l’estrade MM. Lim-
bourg, préfet ; Barrabé, maire ; Desseaux,
député ; ainsi que les autorités civiles et mi-
litaires.
G. D.

Référence(s) bibliographique(s) exacte(s)

Auteur(s) Titre Date Page(s) Type de support documentaireType de référence bibliographique
Académie de Rouen
Dans : Petit Rouennais (Le) - n° du 2 août 1878 - 1878-08-02
1878-08-02Articles de journaux ou revuesRéférence bibliographique de fragment

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Académie de Rouen 0

Créée par Stéphanie Dord-Crouslé le samedi 25 décembre 2010 22:10:31

Modifiée par Stéphanie Dord-Crouslé le mercredi 29 juin 2011 16:04:00

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